Les rescapés : soutenir les médecins après la crise de la COVID-19

April 21, 2020

Dans cet épisode de la série de webinaires de Joule sur la COVID-19, la Dre Jillian Horton s’entretient avec le lieutenant-général Roméo Dallaire (retraité), commandant de la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda, pendant le génocide de 1994, qui a coûté la vie à plus de 800 000 personnes.

Le général Dallaire voit la pandémie de COVID-19 comme une guerre d’un autre genre, où ce sont les médecins qui combattent aux premières lignes. Il nous parle des enseignements qu’il a tirés de son expérience personnelle avec le trouble de stress post-traumatique (TSPT) dans l’espoir d’éviter que les travailleurs de la santé n’en soient eux aussi atteints une fois la crise terminée.

PRINCIPAUX POINTS À RETENIR

Pour les personnes qui ne sauraient pas ce qui s’est passé au Rwanda, pouvez-vous décrire les circonstances dans lesquelles vous avez servi là-bas et leur incidence sur votre vie?

  • La mission de l’ONU commandée par le général Dallaire a été envoyée au Rwanda dans le but d’aider à mettre fin à la guerre civile.
  • Il a alerté l’ONU en constatant qu’il s’agissait d’un massacre programmé, mais s’est vu refuser l’autorisation d’intervenir; l’ONU a ensuite retiré ses forces de maintien de la paix du pays.
  • Avec un petit contingent de soldats ghanéens et tunisiens, le général Dallaire est resté au Rwanda pour s’acquitter de son obligation morale de protéger les personnes qui avaient trouvé refuge auprès des forces de l’ONU.
  • Pendant sa mission, plus de 800 000 personnes ont été massacrées en moins de 100 jours.
  • En 1997, il a révélé qu’il souffrait d’un TSPT, conséquence directe de cette mission. Bien que cette révélation ait mené à sa libération de l’Armée canadienne pour raisons médicales en 2000, le général est devenu un important porte-parole des anciens combattants aux prises avec ce trouble.

tweetable: « Pendant de nombreuses années après mon retour du Rwanda, on me disait “tu as fait ce que tu pouvais, et personne ne pouvait en demander plus”. Ces paroles ne me procuraient aucun réconfort. Aucun. J’ai vu le carnage, je l’ai senti, je l’ai touché, je l’ai vécu, j’ai entendu les gens pleurer et crier... Alors, le fait de savoir que j’avais fait tout ce que je pouvais n’atténuait pas mon sentiment de culpabilité. »

Vous avez été envoyé au Rwanda sans équipement adéquat. De nombreux médecins et autres travailleurs de la santé s’inquiètent de ne pas avoir les ressources dont ils ont besoin pour lutter contre la COVID-19. Grâce à votre expérience, quels conseils pouvez-vous leur donner?

  • Le général Dallaire prédit que certains médecins en viendront à ressentir une énorme culpabilité et à se demander s’ils en ont « fait assez » pour leurs patients.
  • Selon lui, les leaders du secteur médical doivent insister sur le fait que tout le monde fait partie d’une équipe et que personne ne doit se sentir responsable du manque de ressources.

tweetable: « Vous devez maintenir une communication constante avec vos collègues pour supporter cette pression et ces contraintes, ne pas laisser la rage ou la culpabilité prendre racine. »

L’un de vos collègues de la mission au Rwanda a indiqué que vous manifestiez de la sollicitude et de la bienveillance envers tous les membres de la mission, sauf vous-même. En médecine, on a également de la difficulté à prendre soin de soi. En quoi cela peut-il devenir un handicap durant une pandémie?

  • Selon le général Dallaire, dans les professions où l’on porte l’uniforme (y compris en médecine), on a souvent tendance à ne pas tolérer les gens qui ne se donnent pas à 100 %.
  • Il rappelle que les leaders du secteur médical ne doivent pas devenir des martyrs ou prendre des risques qui mettent toute l’équipe en danger.
  • Les professionnels de la santé doivent connaître leurs limites physiques et mentales et prendre soin d’eux-mêmes pendant toute la durée de la « campagne ».

tweetable: « Ce dont on vous tiendra responsable en définitive, c’est la prise de décisions qui mettent votre vie en danger et vous poussent à abandonner les gens qui auront besoin de vous, c’est-à-dire vos futurs patients. »

Vous êtes inquiet pour la santé mentale des médecins après la crise. Comment la profession médicale peut-elle réduire dès maintenant le risque de TSPT?

  • Selon le général Dallaire, il arrive souvent que les soldats ne ressentent pas les effets de la guerre sur le coup puisqu’ils s’activent à plein régime. Il pourrait en être de même pour les médecins qui travaillent pendant la pandémie.
  • Il affirme que les programmes de soutien par les pairs donnent la chance aux médecins d’exprimer les craintes ou les préoccupations persistantes que leur inspire la COVID-19.
  • Après la crise, dit-il, les gouvernements devront veiller à ce que les travailleurs de la santé aient accès à des ressources professionnelles pour surmonter le traumatisme et reprendre une vie normale.

tweetable: « Où sont les outils pour aider ces rescapés à retrouver un semblant de normalité? Ils n’oublieront jamais ce à quoi ils ont assisté; ils devront vivre avec cette réalité et aller de l’avant. »

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Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. Ce sujet vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

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