Un mentor, c’est comme un trésor caché : il est difficile à trouver, mais peut transformer votre vie

August 13, 2019 Mme Jane Coutts

Que diriez-vous si vous gravissiez la plus haute montagne du monde pour découvrir que le gourou qui s’y trouve n’a pas de conseils à vous donner? C’est un scénario plus courant qu’on le pense lorsqu’on cherche un mentor. La quête de cette relation professionnelle inestimable est souvent parsemée de nombreuses embûches.

En effet, les vrais mentors se font rares d’après un article de Martin J. Tobin dans l’American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine. L’auteur raconte que l’on confond souvent modèle et mentor. « La plupart des stagiaires en médecine ne trouvent jamais de véritable mentor, car il n’y en a pas assez. Ils se contentent de modèles et de conseillers pédagogiques, et seuls quelques-uns ont le privilège d’avoir un mentor. »

Les Dres Jyoti Bhagia et Joyce Tinsley expliquent la différence dans un article de la revue Mayo Clinic Proceedings : « On n’interagit pas forcément avec un modèle. Parfois, il ne sait même pas qu’on l’observe. De plus, tandis qu’un modèle peut influencer un grand nombre de gens, les mentors, eux, n’entretiennent généralement une relation qu’avec quelques personnes. »

Or, tous s’accordent pour affirmer que le mentorat est bénéfique aux étudiants et aux médecins en début de carrière, affirmation qui semble factuelle. En 2018, une étude publiée dans BMJ Open a démontré que les stagiaires mentorés réussissaient avec beaucoup plus de facilité les examens d’admission au Collège royal des médecins du Royaume-Uni : 84 % d’entre eux réussissaient du premier coup, contre 42,4 % des autres.

Un article des médecins Vineet Chopra, Dana Edelson et Sanjay Saint paru en 2016 dans le Journal of the American Medical Association explique que les mentors aident les mentorés à développer leur esprit critique et leur proposent des idées de sujets, des possibilités de bourses d’études et des occasions de réseautage. « Il n’est donc pas étonnant qu’une relation mutuellement bénéfique avec un mentor soit synonyme de succès universitaire. »

Si les mentors se font si rares, c’est peut-être parce que les professionnels ne se sentent pas à la hauteur ou manquent de temps, avance Hajar Kadivar, membre émérite du North American Primary Care Research Group.

« Les mentorés ont toutefois besoin de mentors de divers niveaux d’expertise, affirme la Dre Kadivar. Les mentors chevronnés peuvent offrir de nouvelles perspectives, tandis que les mentors débutants peuvent davantage prêter main-forte à leurs mentorés, venant eux-mêmes tout juste d’effectuer un travail similaire. Souvent, les jeunes mentors, même s’ils n’ont parfois qu’un an de plus que leurs mentorés, peuvent offrir des conseils cruciaux et d’actualité. »

Les responsabilités de ces perles rares sont un sujet de recherche populaire. Les Dres Bhagia et Tinsley citent une étude de 1995 (non accessible en ligne) : « Les mentors ont trois tâches principales : inspirer, soutenir et investir. » Avec la première, ils poussent leurs élèves à réaliser leurs rêves; avec la deuxième, ils les aident à évacuer leur stress et à avancer; avec la troisième, ils testent leurs limites pour qu’ils atteignent leur plein potentiel.

Martin Tobin croit que les mentors devraient remplir sept rôles (bien qu’il admette que cet idéal est peut-être inatteignable) :

  • Enseignant
  • Parrain
  • Conseiller
  • Agent
  • Modèle
  • Entraîneur
  • Confident

Malgré ces rôles très variés, un bon mentor « évite de couver son mentoré pour ne pas entraver le développement de son autonomie ». Il ne résout pas les problèmes, mais guide plutôt son protégé vers la solution, précise Martin Tobin. Un mentor relève les points faibles de ses mentorés, les accompagne dans leurs échecs et les aide à trouver la voie du succès.

Heureusement, M. Tobin, comme bien d’autres auteurs, révèle des astuces pour trouver un bon mentor, dont ce conseil tout particulier : « Les confrères [mentorés] qui sont dans la fin de la vingtaine devraient chercher un mentor dans la fin de la trentaine ou de la quarantaine, soit une demi-génération plus âgé. » Il explique que les mentors plus jeunes pourraient ressentir de la jalousie ou de l’animosité envers un novice à la recherche de conseils. Par ailleurs, il croit que l’enthousiasme est la qualité la plus importante (et qu’on ne la retrouvera probablement pas chez quelqu’un qui se sent menacé par une recrue prometteuse).

Les Dres Bhagia et Tinsley affirment que les étudiants ambitieux et talentueux ont de meilleures chances de trouver un bon mentor, qu’il faut être à son affaire et sérieux, avoir des objectifs précis et avoir des questions tout aussi précises. Elles soulignent toutefois qu’il « n’y a probablement pas de personnalité ou de méthode toutes désignées pour le mentorat. L’important, c’est que les deux personnes concernées s’accordent. »

Ainsi, avant de gravir la montagne dans l’espoir de trouver le « vénérable du sommet », il vaudrait mieux savoir en quoi consiste précisément votre quête. Qu’attendez-vous d’un mentor? Êtes-vous préparé à vous acquitter des tâches nécessaires pour profiter pleinement des avantages de ce partenariat professionnel? Savez-vous exactement pourquoi vous avez besoin d’aide, et êtes-vous prêt à relever des défis et à faire face à des vérités possiblement blessantes? Songez-y bien, en admirant la vue d’où vous êtes. Ensuite, vous pourrez entreprendre votre quête.

À propos de l’auteur

Rédactrice-réviseure établie à Ottawa, Jane Coutts se spécialise dans les enjeux liés aux soins de santé. Elle a travaillé comme journaliste pendant 15 ans, principalement pour le Globe and Mail, où elle a couvert les politiques de la santé pendant cinq ans. Depuis la fondation de Coutts Communicates en 2002, Jane s’est employée à rendre les politiques sur les soins de santé plus accessibles et plus pertinentes. Elle organise également des ateliers sur la rédaction en langage clair.

Plus de contenu par Mme Jane Coutts
Précédent
Le mot « bouleversement » est sur toutes les lèvres, mais que veut-il dire réellement?
Le mot « bouleversement » est sur toutes les lèvres, mais que veut-il dire réellement?

Prochain
12 applications mobiles pour favoriser l’automatisation de votre pratique
12 applications mobiles pour favoriser l’automatisation de votre pratique

Vous vous considérez comme un vecteur d’innovation ou de leadership? Vous avez une idée audacieuse à partager?

Écrivez-nous