Comment renforcer sa résilience en période d’incertitude

April 27, 2020

Dans cet épisode de la série de webinaires de Joule sur la COVID-19, l’animatrice et médecin Jillian Horton s’entretient avec le Dr Ron Epstein, médecin de famille, chercheur et professeur à l’Université de Rochester, où il enseigne la pratique de la pleine conscience en médecine.

Le Dr Epstein explique comment ses recherches montrent que l’adoption de la pleine conscience peut aider les médecins à gérer leur stress et à renforcer leur résilience en période d’incertitude.

tweetable: « Étant moi-même médecin en soins palliatifs, je dois souvent gérer des situations de conflit grave au sein des familles ou entre les familles et les professionnels de la santé. Il est très tentant de simplement mettre fin au conflit et d’essayer de régler le problème rapidement. Mais lorsqu’on ralentit, qu’on écoute et qu’on agit un peu moins vite, le problème se règle souvent plus facilement. »

PRINCIPAUX POINTS À RETENIR

Qu’est-ce que la pleine conscience et pourquoi est-elle importante pour les médecins à l’heure actuelle?

  • Dans des situations difficiles, certaines personnes croient qu’il est plus facile de refouler leurs émotions, mais selon le Dr Epstein, ces émotions finissent toujours par les rattraper et provoquent chez elles des réactions ou des comportements inattendus.
  • La pleine conscience nous permet d’embrasser consciemment et résolument nos émotions, de les examiner et de les laisser nous guider pour agir dans l’intérêt des patients et dans notre propre intérêt. Elle peut nous aider à agir de façon mûrement réfléchie et non de façon réactive.
  • Avec la COVID-19, nous vivons ce que le DEpstein appelle de l’incertitude épistémique : une période de grande incertitude où nos règles et nos limites habituelles ont été chamboulées.
  • Si nous essayons de surmonter cette incertitude par la résolution de problèmes, nous n’irons pas bien loin. Nous devons aussi faire preuve d’ouverture d’esprit et de curiosité.

tweetable: « À un moment donné, il faut se faire à l’idée que certains éléments d’incertitude sont là pour rester. Donc, à mon avis, la curiosité constitue une réaction saine à cette incertitude épistémique. Et pour commencer à y voir clair, à comprendre nos observations et à agir en conséquence, il faut une certaine ouverture d’esprit. »

Que disent les données probantes liées à la pratique de la pleine conscience dans des milieux médicaux où il y a beaucoup de stress?

  • Selon certaines indications, le fait de former des équipes de RCR à la pleine conscience permet d’obtenir de meilleurs résultats. La communication au sein de l’équipe s’en trouve également améliorée. Les gens prennent le temps de faire une pause avant de réagir afin de se concentrer collectivement sur ce qui est le plus important.
  • Tout porte à croire que la pleine conscience peut être très utile dans des milieux extrêmement stressants autres que le milieu médical; on sait que l’armée utilise la pleine conscience pour éviter les comportements irrationnels en situation de détresse extrême. Les équipes, les unités et les membres des forces armées sont formés à s’arrêter, à respirer profondément, à évaluer la situation et à atteindre un certain niveau de concentration, d’attention et de calme avant d’entreprendre quoi que ce soit.

tweetable: « Il y a tellement de choses qu’on ne peut pas contrôler dans ces situations... Mais on peut contrôler sa réponse et sa réaction. Et si cette réponse, c’est d’être plus présent, plus calme et plus disponible, de commencer à voir la nouveauté de la situation... Eh bien, on aura amélioré sa journée. »

La résilience est un mot qui peut irriter certains médecins et apprenants en médecine puisqu’il est perçu comme une accusation ou une faiblesse. Quelle est votre définition de ce mot, et pourquoi chercher à augmenter sa résilience?

De façon intrinsèque, les médecins sont très résilients. Mais, selon le Dr Epstein, il y a une différence entre la résilience à court terme et la résilience à long terme :

  • Les médecins ont tendance à avoir une bonne résilience à court terme, qui leur permet par exemple de surmonter une crise aiguë.
  • Leur résilience à long terme est plus préoccupante puisque les facteurs de stress sont épuisants sur une longue période.

Avec l’idée de la résilience à long terme vient la nécessité d’apprendre de ses expériences. Dans la pratique de la pleine conscience, pour croître, il faut apprendre à :

  • Maîtriser son attention
  • Accroître sa curiosité
  • Voir les choses d’un œil nouveau
  • Être présent

Il y a bien des façons d’être présent :

  • Créez un sentiment de présence virtuelle : Faites-vous un devoir de rester en contact avec un ami ou un collègue. Pas besoin de prévoir une séance Zoom d’une heure; un message d’une ou deux lignes suffit.
  • Prenez 30 secondes pour écouter : Au début de chaque rencontre avec un patient, demandez-lui ce qui se passe et prenez le temps de l’écouter.
  • Faites de brèves pauses durant la journée : Une fois que vous aurez terminé avec un patient, prenez deux ou trois secondes pour réfléchir à cette rencontre afin d’être présent pour le patient suivant, d’être en mesure de l’écouter attentivement et de mieux répondre à ses besoins.
  • Ne gardez pas vos inquiétudes pour vous : Si vous éprouvez de l’inquiétude, prenez le temps de vous recentrer et de demander de l’aide.

tweetable: « [Avant d’entrer dans la salle pour voir mon prochain patient], j’ai l’habitude de laisser ma main sur la poignée quelques secondes, de prendre une profonde inspiration et de mettre de côté ce qui vient juste de se produire. Je ne le refoule pas – je sais que c’est là. Et grâce à cette inspiration, un sentiment d’ouverture m’envahit. »

Comment améliorer sa capacité d’écoute active durant les rencontres virtuelles?

La présence virtuelle est généralement plus intense avec les gens que l’on connaît déjà et peut s’en trouver renforcée. Voici quelques trucs pour parler à des gens qu’on ne connaît pas bien ou qu’on ne voit pas souvent :

  • Veillez à ce que la rencontre soit interactive : Parlez de 30 secondes à une minute, puis laissez les autres s’exprimer afin qu’ils restent investis dans la conversation. 
  • Établissez un contact visuel : Si vous avez choisi un format vidéo, regardez la caméra périodiquement afin d’accroître le sentiment de rapprochement.
  • Connaissez vos limites : La tolérance aux rencontres virtuelles semble plus brève qu’en personne; prévoyez des rencontres plus courtes, en vous laissant du temps pour respirer entre les rencontres.

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Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. Ce sujet vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

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