Deux semaines d’auto-isolement : une médecin raconte son expérience

Lorsque mon mari et moi sommes partis à la fin février comme prévu pour nos vacances en Floride, rien ne laissait croire que deux semaines d’auto-isolement nous attendraient à notre retour.

Après avoir vu l’épidémie de coronavirus se transformer rapidement en pandémie et avoir progressivement perdu le sommeil, je me suis réveillée vers 4 h du matin le 12 mars et j’ai décidé qu’il fallait retourner chez nous.

Trente-deux heures de voiture plus tard – un trajet que nous n’oublierons pas de sitôt –, John et moi sommes donc rentrés à Fredericton. Là, nous avons suivi les conseils des autorités sanitaires fédérales et provinciales et nous sommes mis en auto-isolement pour deux semaines.

Voici mes pensées durant:

Voici ce que l’Agence de la santé publique du Canada dit aux voyageurs revenant au pays :

Pendant les 14 prochains jours :

  • Isolez-vous (restez à la maison et éloignez-vous des autres).
  • Évitez de recevoir des visiteurs, en particulier des personnes âgées ou ayant des problèmes de santé, qui courent un plus grand risque de tomber gravement malades.
  • Surveillez votre état de santé pour déceler toute fièvre (température de 38 °C ou plus), toux ou difficulté à respirer.
  • Lavez-vous souvent les mains à l’eau tiède et au savon pendant au moins 20 secondes, et utilisez un désinfectant à base d’alcool si vous n’avez pas d’eau et de savon.
  • Couvrez votre bouche et votre nez avec le pli de votre bras quand vous toussez ou éternuez.
  • Si vous développez des symptômes de la COVID-19, isolez-vous des autres et consultez le site Web de l’autorité sanitaire de votre province ou territoire pour savoir quoi faire, notamment quand communiquer avec les autorités de santé publique.

Jour 2

Je dois avouer qu’en tant que médecin, je trouve la situation difficile. Moi qui pratique la médecine familiale à temps plein – y compris dans un centre de soins de longue durée –, je me sens coupable de ne pas pouvoir m’occuper de mes patients en cette période stressante.

Comme beaucoup de mes collègues, j’ai dû me résoudre à accepter que la meilleure chose que je peux faire pour mes patients et l’ensemble de la société actuellement, c’est d’éviter les contacts jusqu’à ce que je sois certaine de ne pas pouvoir transmettre le virus.

La Dre Collins en auto-isolement avec son mari La Dre Collins en auto-isolement avec son mari

L’auto-isolement, ainsi que l’éloignement social, sont les meilleures façons de prévenir une augmentation soudaine du nombre de cas de COVID-19 qui surchargerait le système de santé.

Je ne peux qu’exprimer mon empathie à l’égard de mes collègues qui continuent de prodiguer des soins en première ligne dans des conditions de plus en plus difficiles. Pour l’instant, je ferai ce que je peux pour les aider de chez moi, en assistant l’AMC à mettre à la disposition des médecins et du public les ressources et les renseignements dont ils ont besoin.

Mon mari et moi sommes prêts à rester en isolement le temps qu’il faudra, et nous surveillons nos symptômes conformément aux recommandations des autorités sanitaires.

Voici les règles d’hygiène que l’Agence de la santé publique du Canada recommande aux personnes infectées par la COVID-19 pendant leur auto-isolement :

  • Restez dans une pièce séparée et n’utilisez pas la même salle de bain que les autres membres de votre famille, si possible.
  • Évitez le contact avec les animaux domestiques si vous vivez avec d’autres personnes qui pourraient également les toucher.
  • Lavez-vous souvent les mains avec de l’eau et du savon pendant au moins 20 secondes, et séchez-les avec des serviettes en papier ou avec une serviette que vous seul utilisez.
  • Portez un masque si vous devez sortir pour consulter un professionnel de la santé.
  • Portez un masque si vous êtes à moins de deux mètres de distance d’une autre personne.
  • Nettoyez les surfaces que vous touchez souvent, comme les comptoirs, les toilettes, les robinets, les dessus de table, les poignées de porte, les téléphones et les télécommandes de télévision, au moyen de désinfectants ménagers ordinaires ou d’eau de Javel diluée (1 part d’eau de Javel et 9 parts d’eau).
  • Fermez le couvercle de la toilette avant de tirer la chasse d’eau.

Nous avons des provisions (il ne nous manque qu’une réserve de graines pour les oiseaux), et mes enfants et petits-enfants comprennent qu’ils ne peuvent pas nous visiter pendant ce temps. Ça, ce sera difficile.

Cependant, John et moi tenons des réunions « à l’interne » pour organiser notre horaire et nous donner une certaine routine afin de garder le moral. Avec un peu de planification, nous devrions pouvoir continuer d’aller dehors, seuls, pour prendre une bouffée d’air frais. Et en plus, depuis notre lieu d’isolement, nous avons la chance d’avoir une superbe vue sur le fleuve Saint-Jean.

 

Jour 7

J’en suis maintenant à la moitié de ma période d’auto-isolement, et John, mon mari, et moi avons la chance de ne présenter aucun symptôme.

Néanmoins, l’auto-isolement n’est pas toujours facile, et je dois avouer que je me suis sentie un peu irritable et troublée pour la première fois aujourd’hui. En sept jours, je n’ai pas du tout quitté ma propriété; le plus loin où je suis allée, c’est sur ma terrasse arrière.

La Dre Collins sur sa terrasse La Dre Collins, sur sa terrasse, le plus loin qu’elle est allée en sept jours

Nous continuons de bien nous porter et, surtout, nos enfants, nos petits-enfants et ma mère de 88 ans sont tous en bonne santé. Mais aujourd’hui, la réalité m’a vraiment frappée : la lutte contre la pandémie de COVID-19 sera un marathon et non un sprint.

Après les 14 jours, je pourrai mettre fin à cet isolement et retourner au travail dans la collectivité. Mais ce sera une nouvelle réalité et il y aura de nouveaux défis. Alors que nous continuons de lutter contre cette pandémie, je m’inquiète de l’isolement que vivent nos aînés et des répercussions qu’il pourrait avoir sur leur santé. Je crains également qu’en raison de l’attention accordée au coronavirus, les patients omettent de nous parler de leurs nouveaux problèmes de santé non associés à la COVID-19.

Même si je suis confinée à mon domicile, je peux rester en contact avec ma pratique et ma communauté et remplir mes fonctions de présidente désignée de l’AMC. Il se passe rarement une journée sans réunion virtuelle ou téléconférence.

Au cours de ces appels quotidiens, mes collègues expriment une certaine confusion et une certaine frustration au sujet de l’absence de messages cohérents sur la COVID-19. Ils soulèvent également des préoccupations quant à une éventuelle pénurie d’équipement de protection individuelle et à la nécessité de nous assurer que nous sommes tous bien protégés – non seulement dans les hôpitaux, mais aussi dans les pratiques privées de la collectivité. C’est un dossier sur lequel l’AMC travaille avec ses partenaires fédéraux et provinciaux.

Le fait d’être isolée m’en apprend davantage sur moi-même, notamment que j’ai vraiment besoin d’une routine et que je dois rester occupée. J’ai aussi adhéré au point de vue selon lequel il y a des choses que nous pouvons contrôler et d’autres non. Ainsi, nous devons nous concentrer sur les choses que nous pouvons contrôler, comme planifier notre journée, et laisser tomber les autres.

J’essaie également de voir au-delà des défis immédiats auxquels nous faisons face et de penser aux avantages qui pourraient découler de notre lutte contre la COVID-19.

Par exemple, je crois que cette pandémie fera des soins virtuels une pratique acceptée partout au Canada – un changement qui profitera à un grand nombre de patients, surtout dans les collectivités isolées et autochtones.

C’est ce type de réflexions positives que je recherche ces jours-ci.

 

Jour 14

Une fin qui ne marque que le début.

J’ai terminé mes deux semaines d’auto-isolement, et je peux donc rejoindre mes collègues demain. Je me sens très bien et j’ai hâte de retourner au bureau et de voir mes patients.

Vers la fin, j’ai commencé à considérer l’auto-isolement comme un isolement de sécurité. Nous l’avons fait pour nous protéger, nous et les autres, contre la pandémie de COVID-19.

Je retourne maintenant dans un monde très différent de celui dont mon mari et moi nous sommes isolés dans notre maison de Fredericton il y a deux semaines. La pandémie a pris de l’ampleur, tout comme notre compréhension des précautions à prendre pour protéger les travailleurs de la santé et la société.

Dans mon cabinet de médecine familiale, je vais interagir avec mes patients de manière virtuelle. Les soins de routine en personne ne sont plus une option, car nous savons que le risque de transmission communautaire est bien réel.

Par téléphone ou vidéo, je peux maintenir le suivi nécessaire pour mes patients qui ont des problèmes de santé courants et continus, non liés à la COVID-19. Certains patients ont reçu un diagnostic de cancer. D’autres patientes viennent d’apprendre qu’elles sont enceintes. La vie continue.

Mais certaines de mes responsabilités sont plus inquiétantes que d’autres.

Je m’occupe de patients d’un établissement de soins de longue durée, et certains d’entre eux n’ont pas pu consulter un médecin durant mon absence. L’établissement où vivent ces patients est en mode « confinement barricadé », et les histoires d’infections dans les établissements de soins de longue durée au Canada sont troublantes.

Je vais ensuite travailler dans un hôpital pour assurer la continuité des soins à mes patients hospitalisés.

Ces deux situations soulèvent des questions sur le type d’équipement de protection individuelle (EPI) dont j’aurai besoin pour faire mon travail – pour nous protéger, mes patients et moi, contre la maladie. Est-ce que cet équipement sera disponible?

La Dre Ann Collins monte dans sa voiture La Dre Collins, qui a fini sa période d'auto-isolement, monte dans sa voiture

 Je suis assez effrayée et inquiète, et c’est tout simplement humain de l’admettre. Je vais devoir apprendre ce qui est recommandé pour quelqu’un dans ma situation et suivre les directives.

Sur le plan personnel, le jour 15 ne sera pas très différent du jour 14 à la maison; l’éloignement physique est la nouvelle norme. Donc, même si je vais en profiter pour aller voir mes petites-filles, je resterai à une distance sécuritaire et, malheureusement, il n’y aura pas de câlins.

Tout le monde a un rôle à jouer dans cette nouvelle réalité, que ce soit par l’auto-isolement ou l’éloignement physique. Nous pouvons tous aider à contrer la pandémie et à refaire du Canada un endroit sûr.

À titre de médecin, je me joins maintenant aux premières lignes. J’aborde le tout avec appréhension, mais en même temps, j’ai hâte de pouvoir faire le travail pour lequel j’ai été formée.

Lire autres pensées de la Dre Ann Collins durant la pandemie COVID-19:

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Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. L’innovation dirigée par des médecins vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

À propos de l’auteur

Dre Ann Collins

La Dre Ann Collins administre à temps plein une clinique de médecine familiale à Fredericton, au Nouveau Brunswick, et est la présidente désignée de l’Association médicale canadienne.

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