Une aide inespérée pour les patients

Des technologies révolutionnaires pour des soins accessibles

Le pronostic était sombre pour le bébé d’un mois. Souffrant d’insuffisance respiratoire et ayant un besoin urgent de voir un spécialiste, l’enfant avait été transporté au centre de santé de La Loche au moment où commençait une tempête de neige qui allait durer trois jours. Le transfert par avion était donc hors de question, tout comme le trajet en ambulance : il aurait fallu 18 heures pour parcourir les 600 km requis. 

Il était beaucoup plus sûr de garder le bébé au centre de santé, équipé d’un robot conçu expressément pour permettre aux médecins de cette ville isolée de communiquer avec des experts à Saskatoon. 

« Comme il était impossible de transporter le bébé de façon sécuritaire, l’accès à un médecin consultant s’est avéré essentiel, tout comme le fait de pouvoir parler avec un thérapeute respiratoire, qui nous a expliqué comment adapter notre ventilateur pour adulte pour traiter un nouveau-né, se souvient le Dr Brian Geller. Il est presque certain que sans le robot, ce bébé y serait resté. »

Les consultations longue distance ne sont pas une nouveauté pour les communautés isolées. Cependant, c’est la gamme de fonctions intégrée du robot qui rend ce dernier aussi efficace, selon le Dr Geller. La « technologie de téléprésence » dont il est doté comprend un stéthoscope, une caméra haute résolution munie d’un zoom et la capacité de se connecter à d’autres sources d’information. À la différence des systèmes de télésanté habituels, le robot téléguidé par le médecin consultant peut se rendre jusqu’aux patients et circuler autour d’eux. Cette combinaison permet aux médecins d’évaluer à distance la condition d’un patient, de poser un diagnostic et d’assurer une prise en charge des soins en continu. 

Le robot a été conçu par le Dr Ivar Mendez, chef du département de chirurgie de l’Université de Saskatchewan. Pour le Dr Geller, le modèle du centre de santé de La Loche représente « une paire d’yeux supplémentaire et distante, au sens propre comme au figuré. Il nous apporte un point de vue extérieur et une certaine distance qu’il peut être difficile d’avoir lorsqu’on est au cœur de l’action. » Son seul reproche : le robot n’est pour l’instant approuvé que pour les soins pédiatriques.  

Pour sa part, la Dre Barbara Konstantynowicz, médecin de famille à Regina, n’a ajouté aucun robot à son équipe, mais elle compte sur l’outil de soins virtuels Reacts pour transformer sa pratique de manière tout aussi révolutionnaire. Acronyme de Remote Education, Augmented Communication, Training and Supervision, Reacts est une plateforme vidéo collaborative sécuritaire créée par l’entreprise québécoise Technologies innovatrices d’imageries inc. (TII) et rendue disponible aux médecins canadiens grâce à Joule, la plus récente filiale de l’Association médicale canadienne. 

Plus qu’un simple outil de vidéoconférence, Reacts permet le transfert sécuritaire de toutes sortes de fichiers et propose des options à l’aide desquelles un médecin consultant peut, à distance, superviser et guider le travail de médecins, par exemple en indiquant en temps réel ce que révèle une échographie ou en les accompagnant dans les étapes d’une évaluation de leur patient. Il est équipé d’un stéthoscope, d’un otoscope et d’un dermatoscope permettant d’examiner des lésions cutanées. 

Alors que les avantages des soins virtuels pour les médecins pratiquant en régions rurales et éloignées sont évidents, d’un point de vue urbain, l’utilité de ces outils peut sembler discutable. Pourtant, la Dre Konstantynowicz ne compte plus les bienfaits pour ses patients. L’un d’eux, atteint d’un diabète assez grave, passe une partie de l’année dans une autre province. Il était ravi de pouvoir compter sur un rendez-vous par vidéoconférence en cas de résultats anormaux, ou si une égratignure sur sa jambe devait être examinée.  

Il y a aussi les patients âgés, qui représentent un bon pourcentage de la clientèle des médecins, et pour qui il est particulièrement difficile de devoir affronter les hivers rigoureux de Regina pour se rendre à des rendez-vous réguliers. Bien sûr, ils n’ont pas tous accès à un ordinateur, mais la Dre Konstantynowicz mentionne le cas d’une patiente nonagénaire qui aime beaucoup utiliser son iPad, qui lui permet d’éviter de sortir par des températures de  40 °C pour respecter un rendez-vous. De son côté, la Dre Konstantynowicz est rassurée de savoir qu’elle pourra tout de même voir ses patients, puisqu’évaluer l’apparence générale d’une personne est une part essentielle des soins aux aînés.   

Bien qu’elle affirme être à peine capable de prendre une simple photo avec son téléphone, la Dre Konstantynowicz croit que Reacts est un outil incroyable, tant pour ses fonctions les plus impressionnantes que pour les plus élémentaires. De toute évidence, il n’est pas idéal pour ses patients de devoir se déplacer pour obtenir de simples résultats de tests ou pour le suivi d’une maladie chronique. Or, pour l’instant, c’est ce qu’exigent les règles encadrant la rémunération des actes médicaux, si elle veut être payée. Et bien évidemment, pour des raisons de sécurité et de protection des renseignements personnels, les courriels et les messages texte sont à proscrire. 


« Combien de travail est-ce que je pourrais abattre en une journée si je disposais d’autres moyens de communication et si tous mes patients n’étaient pas obligés de se rendre au cabinet? », se demande-t-elle. Reacts ouvre la porte à cette possibilité, avec son système sécuritaire de chiffrement des communications, sans compter qu’un abonnement permet de communiquer avec plus de 1 000 interlocuteurs. La Dre Konstantynowicz ne croit pas qu’elle utiliserait ce système avec tous ses patients, mais dans certains cas, il pourrait s’agir d’une aide inespérée. 

Un exemple convaincant : pour effectuer un suivi, la Dre Konstantynowicz rend visite une ou deux fois par année à une jeune femme atteinte d’un traumatisme médullaire, pour qui sortir de la maison est extrêmement compliqué. Cette patiente se retrouve souvent aux services d’urgence pour traiter des plaies de lit. Avec Reacts, des ambulanciers paramédicaux pourraient se rendre chez elle et évaluer les plaies à l’aide du dermatoscope en suivant les instructions de la Dre Konstantynowicz et d’un spécialiste. Voilà une façon d’offrir des soins qui conviendrait bien mieux à cette patiente. 

« J’aimerais beaucoup adapter ma pratique, explique-t-elle. J’exerce la médecine depuis belle lurette, et j’ai vu passer une foule de changements dans la médecine, mais celui-ci m’enthousiasme vraiment.»

Elle y voit un autre avantage, qui va bien au-delà de sa propre pratique : une telle technologie de pointe pourrait attirer plus d’étudiants en médecine familiale. 

« Je pense que notre système de santé s’est éloigné des médecins de famille. Les jeunes veulent profiter de la sécurité et des possibilités de la haute technologie. Mais je crois que si nous rendons à la médecine familiale le cachet qu’elle mérite, les patients en profiteront, et la médecine familiale retrouvera ses lettres de noblesse. »

 

Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. L’innovation dirigée par des médecins vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

À propos de l’auteur

Rédactrice-réviseure établie à Ottawa, Jane Coutts se spécialise dans les enjeux liés aux soins de santé. Elle a travaillé comme journaliste pendant 15 ans, principalement pour le Globe and Mail, où elle a couvert les politiques de la santé pendant cinq ans. Depuis la fondation de Coutts Communicates en 2002, Jane s’est employée à rendre les politiques sur les soins de santé plus accessibles et plus pertinentes. Elle organise également des ateliers sur la rédaction en langage clair.

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(Source: Radio-Canada International)

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