Atteindre l’apogée de vos capacités : un accompagnateur personnel pourrait-il vous aider?

October 29, 2019 Mme Jane Coutts

Les accompagnateurs personnels – les meilleurs athlètes et chanteurs retiennent les services d’un entraîneur-accompagnateur personnel. Les médecins devraient-ils faire de même?

Si les médecins hésitent à travailler avec des accompagnateurs personnels, c’est peut-être de peur de se retrouver devant un homme combatif qui joue du sifflet, ne cesse de crier VAS-Y T’ES CAPABLE!, et effraie les patients. Ou encore, ce qui est tout aussi intimidant, avec une personne qui les exhorte par Skype à se brancher sur leurs émotions et à « visualiser le succès ».

Quelle qu’en soit la raison, l’accompagnement n’a pas l’attrait général du mentorat et ses avantages éventuels ne rejoignent pas beaucoup de médecins qui cherchent à atteindre l’excellence.

Avoir un mentor, comme nous l’avons dit dans d’autres articles (« Un mentor, c’est comme un trésor caché » et « Trouver un mentor »), est généralement considéré comme la clé du succès pour le lancement d’une carrière en médecine. Certes, beaucoup de preuves montrent que les gens qui ont un mentor s’en tirent mieux de diverses façons pendant leurs études et leurs premières années de médecine. Mais il n’est pas facile de trouver un mentor et d’établir un accord de mentorat. C’est là que l’accompagnement peut être une solution de rechange utile.

Le mentorat et l’accompagnement, bien que les termes soient souvent utilisés de façon interchangeable, ce n’est pas la même chose. Dans une étude publiée dans Le médecin de famille canadien, Jacalynne Hernandez-Lee définit le mentorat comme « un processus d’accompagnement dans le cadre duquel une personne d’expérience, hautement estimée et empathique (le mentor) guide une autre personne (le mentoré) à élaborer et à réexaminer ses propres idées, son apprentissage et son développement personnel et professionnel ».

Pour sa part, l’accompagnement personnel, dit-elle, est beaucoup plus près de l’enseignement, et vise habituellement à acquérir la maîtrise d’une tâche ou d’une compétence particulière, et il est souvent effectué dans le contexte d’une relation de travail directe.

Or, la formation médicale se montre très réceptive à l’idée de l’accompagnement, selon un article publié en 2016 dans la revue Medical Education Online. Les auteurs affirment en effet que le modèle de formation individualisée se répand en éducation médicale et que l’accompagnement devient une méthode importante pour guider les apprenants.

« Contrairement aux mentors ou aux conseillers, les accompagnateurs personnels n’offrent pas de conseils ni de thérapie aux apprenants qu’ils accompagnent. Au lieu de cela, après avoir examiné les données objectives sur le rendement, ils et elles utilisent des méthodes qui aident les apprenants à mieux comprendre leurs propres hypothèses, à clarifier la signification des résultats pertinents et à choisir les interventions précises nécessaires pour atteindre le résultat souhaité », affirment l’auteure Nicole Deiorio et ses collègues.

Dans un autre article publié en 2016, Nicole Deiorio et Amy Miller Juve affirment que les accompagnateurs personnels peuvent jouer un rôle clé dans l’apprentissage continu. « L’ajout de l’accompagnement scolaire à la formation en médecine, disent-elles, devient une solution intrigante pour acquérir et maintenir des compétences. Un entraîneur peut aider les apprenants à tracer eux-mêmes la meilleure voie à suivre pour réussir et leur donner la responsabilité de cerner et de combler continuellement les lacunes de leurs connaissances, de leurs attitudes et de leurs compétences. »

À l’extérieur de la faculté de médecine, l’accompagnement personnel semble être le plus souvent axé sur l’amélioration des techniques de communication des médecins. C’est d’ailleurs dans ce domaine que le médecin de famille Stephen Beeson a commencé à travailler comme accompagnateur personnel. Membre d’un grand groupe médical à San Diego, on lui a demandé de commencer à accompagner ses collègues « […] à une époque où nos médecins se classaient tout en bas de l’échelle dans l’évaluation de l’expérience des patients comparativement aux résultats d’autres grands groupes dans une base de données nationale ». Au cours des six années suivantes, lorsque Stephen Beeson a élaboré son programme d’accompagnement, la cote du groupe s’est hissée au 90e rang centile.

Dans un article paru dans NEJM Catalyst (le site Web du New England Journal of Medicine pour le partage « d’idées novatrices et d’applications pratiques »), Stephen Beeson énumère quatre prédicteurs du succès de l’accompagnement :

  • Le médecin demande de l’aide.
  • L’accompagnateur personnel croit que l’amélioration est possible (trop souvent, les gestionnaires abandonnent leurs collègues au comportement difficile).
  • Les médecins accompagnés assument leur comportement (ils ont l’impression de faire quelque chose de mal).
  • Les médecins accompagnés sont prêts à essayer une nouvelle technique.

 

Il recommande aussi certaines techniques qu’il préfère, comme se concentrer sur l’apprentissage collectif des membres de l’équipe, organiser l’accompagnement en fonction des résultats que les médecins valorisent et faire la démonstration des nouvelles techniques au lieu de se contenter d’en parler.

Atul Gawande, qui combine une carrière de chirurgien à l’hôpital Brigham and Women à Boston et (entre autres choses) de rédacteur pour le magazine The New Yorker, a parlé de sa décision d’embaucher un accompagnateur personnel en chirurgie dans un article de 2011 intitulé « Personal Best » (en anglais). Son choix peu orthodoxe a été déclenché par deux événements : une leçon de tennis qu’il a reçue et le tournoi de tennis télédiffusé auquel participait Rafael Nadal. « La caméra a montré son entraîneur – accompagnateur personnel et l’évidence m’a frappé : même Rafael Nadal en a un. Presque tous les joueurs de tennis d’élite du monde en ont un. Les athlètes professionnels ont recours aux services d’entraîneurs-accompagnateurs personnels pour donner la meilleure performance possible. »

« Mais les médecins ne le font pas. J’avais payé pour qu’un jeunot à peine sorti de l’université évalue ma technique de service au tennis. Alors pourquoi trouvais-je inconcevable de payer quelqu’un pour venir dans ma salle d’opération m’aider dans ma technique chirurgicale? »

Huit ans après le début de sa carrière en chirurgie, Atul Gawande craignait que ses capacités aient plafonné. Il a alors persuadé un chirurgien d’expérience qui lui avait enseigné de venir le regarder travailler. Après la première séance, le chirurgien à la retraite lui a parlé de « petites choses », comme la façon dont le Dr Gawande avait positionné le patient et mis en place les champs opératoires, ce qui gênait l’assistant chirurgical, ou la façon dont il tenait son bras (« vous ne pouvez pas être précis en tenant votre coude en l’air »). Ces petites choses, dit le Dr Gawande, « m’ont donné plus de matière à réflexion et de travail que je n’en avais eu au cours des cinq années précédentes ».

Atul Gawande admet qu’il n’est pas facile de se soumettre à l’accompagnement, « surtout lorsqu’on est bien avancé dans sa carrière – de toute évidence, je suis un expert ». De plus, cela fait supposer que le médecin flanqué d’un accompagnateur personnel est un médecin qui a besoin d’aide, ce que la plupart des patients ou des collègues n’apprécient pas.

Mais le Dr Gawande nous ramène aux performances d’élite, dans le sport comme dans l’opéra. Tous comprennent l’importance d’une opinion venant de l’extérieur, dit-il, parce que « […] peu de gens peuvent atteindre et maintenir seuls leur meilleur rendement ». La plupart d’entre nous, si nous avons la possibilité de travailler avec un accompagnateur personnel de confiance et d’expérience pour atteindre notre meilleur rendement, devraient probablement prendre le risque et dire oui. Mais demandez-lui peut-être de laisser le sifflet au vestiaire.

À propos de l’auteur

Rédactrice-réviseure établie à Ottawa, Jane Coutts se spécialise dans les enjeux liés aux soins de santé. Elle a travaillé comme journaliste pendant 15 ans, principalement pour le Globe and Mail, où elle a couvert les politiques de la santé pendant cinq ans. Depuis la fondation de Coutts Communicates en 2002, Jane s’est employée à rendre les politiques sur les soins de santé plus accessibles et plus pertinentes. Elle organise également des ateliers sur la rédaction en langage clair.

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