Le soutien des leaders à la résilience des équipes en temps de pandémie

En 2003, le SRAS a frappé Toronto de plein fouet, et ses effets n’ont pas touché que les patients : ils ont laissé leur marque sur la santé psychologique des travailleurs de la santé et du personnel hospitalier.

« L’épidémie de SRAS a été un véritable catalyseur de stress post-traumatique », indiquait le Dr Molyn Leszcz lors d’un récent webinaire pour le personnel de l’Hôpital Mount Sinai, où il a dirigé le service de psychiatrie de 2006 à 2017.

Selon une étude menée par son collègue, le Dr Robert Maunder, et à laquelle il a lui-même contribué, de 33 % à 50 % des travailleurs de la santé exposés au SRAS ont connu une détresse psychologique considérable et persistante, notamment des problèmes d’anxiété, de dépression, d’épuisement professionnel ou de gestion du stress.

Aujourd’hui, la COVID-19 représente une menace semblable.

La pandémie n’est pas encore à son apogée au Canada, mais les travailleurs de la santé ressentent déjà des effets sur le plan émotif. Ils doivent composer avec un degré élevé d’incertitude, une charge de travail qui risque de s’alourdir ainsi que des préoccupations constantes liées à l’accès à l’équipement de protection individuelle et aux risques de contracter la COVID-19.

Le Dr Leszcz, expert reconnu en psychothérapie de groupe, soutient que renforcer la résilience organisationnelle, à savoir « la capacité de maintenir ou de retrouver un bien-être psychologique face à l’adversité », est absolument essentiel pour pouvoir traverser cette période d’incertitude.

En tant que leaders ou gestionnaires, vous êtes dans une position idéale pour mettre en place une culture de travail favorisant la résilience du personnel. Et le moment parfait pour agir, c’est maintenant. En offrant ce type de soutien à vos équipes, vous contribuez à renforcer leurs mécanismes d’adaptation, et vous réduisez les risques de troubles psychologiques à plus long terme.

Rappelons par ailleurs que l’on recense de plus en plus de données indiquant que la culture organisationnelle joue aussi un grand rôle dans les résultats cliniques.

Si votre organisation compte des experts ou des professionnels de la santé mentale, demandez-leur des conseils. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez tout de même prendre certaines mesures dès maintenant pour épauler votre personnel durant la pandémie.

 

Renseignez-vous sur les signes de stress et de traumatisme

En situation de crise, tout le monde est ébranlé. Prônant la normalisation des réactions psychologiques à ce genre d’événement, le Dr Leszcz rappelle que « ce qu’on sait nommer, on peut le surmonter ». Faites votre part en consultant des sources fiables pour savoir reconnaître les signes. Selon le spécialiste, tout commence par l’écoute de soi.

Si vous êtes novice, envisagez de suivre un cours de premiers soins en santé mentale pour vous informer, éviter les idées préconçues et connaître le langage privilégié dans le domaine.

Encouragez les autres à faire de même (dans la mesure du possible) et à rester à l’écoute de leurs propres sentiments : anxiété, stress, peur, tristesse, accablement, colère, culpabilité, impuissance ou même insensibilité. Ce sont des réactions normales à la situation éprouvante actuelle. Rappelez-vous qu’il n’y a pas de mal à ressentir ces émotions à quelque moment que ce soit, et qu’il est important de demander de l’aide.

Orientez les autres vers les ressources dont ils peuvent avoir besoin pour prendre soin d’eux, et encouragez-les à y recourir. La Dre Caroline Gérin-Lajoie, psychiatre, a récemment signé un article sur la gestion par les médecins du stress lié à la COVID-19, mais ses conseils s’appliquent aussi à plus grande échelle. Encore une fois, tout part de l’écoute de soi. Et il existe beaucoup d’outils d’auto-évaluation utiles (par exemple, celui-ci).

Prévoyez des réunions régulières pour faire le point avec votre équipe

Choisissez un moment où la majorité des membres de l’équipe (personnel clinique et non clinique) peuvent être présents et ajoutez une réunion au déroulement du travail quotidien. S’il y a déjà des réunions d’équipe, prévoyez quelques minutes supplémentaires pour prendre des nouvelles de ses membres. Encouragez ces derniers à exprimer leurs inquiétudes, et demandez-leur ce que vous pouvez faire pour mieux les aider. Si c’est nouveau pour votre équipe, il se peut que certaines personnes ne soient pas à l’aise de parler devant tout le groupe. Donnez-leur la chance de s’exprimer à d’autres moments. Écoutez-les avec patience et faites preuve de compassion. Nul besoin d’avoir toutes les réponses. Faites de votre mieux pour les soutenir, rappelez-leur que d’autres partagent leurs peurs, et assurez-leur qu’ensemble, vous allez surmonter la tempête.

Pour chaque réunion d’équipe, le Dr Leszcz recommande de viser les cinq principes de Hobfoll :

  • Sentiment de sécurité : Faites preuve de transparence, parlez des risques et des menaces du moment, créez un environnement sécuritaire où chacun peut s’exprimer, et acceptez la réalité telle qu’elle est. On a tous et toutes besoin de réconfort, de savoir que quelqu’un nous soutient et s’efforce de nous garantir un milieu de travail sain.
  • Appel au calme : Transmettez un message clair et assurez-vous que chaque personne se sent écoutée. Si vous êtes à l’aise de le faire, animez une réunion du groupe avec un exercice simple de respiration ou de pleine conscience; vous pourrez en tirer des bienfaits.
  • Rappel de l’efficacité individuelle et d’équipe : Vous avez l’occasion de montrer votre réceptivité, de veiller à la cohésion du groupe et de rétablir la situation en cas de régression, sans faire subir la honte ou porter le blâme à qui que ce soit. Évoquez des exemples d’excellent travail d’équipe face à l’adversité. Encouragez chaque personne à employer les stratégies d’adaptation qui lui conviennent.
  • Interrelation : Les membres de votre équipe partagent une expérience unique que vous pouvez mettre à profit. Misez sur une communication rassembleuse, et évitez la division, la controverse et les accusations.
  • Espoir et sentiment d’utilité : Rappelez à votre équipe, encore et encore, pourquoi son travail est important. Si vous gardez espoir en tant que groupe, vous pourrez stimuler la motivation et favoriser l’action. L’objet de vos espérances changera au fil du temps, mais vous trouverez toujours une source de motivation.

 

Donnez l’exemple

C’est un concept tout simple. Vous voulez de la confiance? Montrez que vous en êtes digne. Vous voulez que les autres soient transparents avec vous? Alors, faites preuve de transparence. Si vous encouragez les membres de votre personnel à prendre soin d’eux, n’oubliez pas d’en faire autant.

Selon un article de Nancy Koehn intitulé « Real Leaders Are Forged in Crisis » (Les vrais leaders se distinguent en temps de crise), lorsqu’un chef d’équipe donne l’exemple en prenant des nouvelles des autres ou en exprimant sa gratitude, ses équipiers commencent à l’imiter entre eux, ce qui provoque un changement de culture.

La British Psychological Society recommande aux gestionnaires de prendre les 10 mesures suivantes pour veiller au bien-être psychologique du personnel de la santé durant la pandémie de coronavirus et par la suite :

  1.  Garantir le soutien et la présence de l’équipe de gestion.
  2.  Prévoir une stratégie de communication.
  3.  Veiller au respect des mesures de protection de la sécurité physique (p. ex., approvisionnement en équipement de protection individuelle).
  4.  Veiller au maintien du contact humain et des méthodes de soutien par les pairs.
  5.  Fournir un soutien psychologique aux patients et aux familles, élément clé pour favoriser le bien-être du personnel.
  6.  Normaliser les réactions psychologiques.
  7.  Fournir un soutien psychologique structuré selon le niveau d’intervention requis.
  8.  Innover pour mettre en place des soins psychologiques.
  9.  Revenir aux valeurs de base dans la prise de décisions.
  10.  Prendre soin de soi et doser les efforts.

Trouvez des champions qui donnent aussi l’exemple

Cherchez des porte-parole de confiance pour améliorer la communication au sein de l’équipe. Il peut s’agir de personnes qui sont très à l’aise de s’adresser au groupe, de « rassembleurs » naturels ou de personnes formées en premiers soins psychologiques. Mettez-les à contribution pour renforcer votre initiative.

Demandez-leur s’ils seraient prêts à offrir une oreille attentive ou du soutien aux autres membres du groupe, en cas de besoin.

 

Le chemin vers la résilience ne sera pas de tout repos, mais en rappelant simplement à tous et à toutes que vous avez à cœur leur bien-être et que vous êtes à l’écoute, vous pouvez déjà faire des merveilles. Les mesures prises et le travail effectué aujourd’hui continueront de profiter à votre équipe longtemps après la pandémie.

_

Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. Ce sujet vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

À propos de l’auteur

Mme Nicole Forget

Gestionnaire de contenu chez l'AMC et ses filiales, Nicole Forget est animée par la curiosité, le pouvoir des anecdotes et les approches visant à améliorer les soins de santé pour tous.

LinkedIn Plus de contenu par Mme Nicole Forget
Précédent
Le calme avant la tempête : témoignage d’une médecin en temps de pandémie
Le calme avant la tempête : témoignage d’une médecin en temps de pandémie

Le silence qui règne à l’hôpital pourrait sembler de bon augure dans les circonstances, mais la Dre Ann Col...

Prochain
De retour à un bureau vide : le témoignage d’une médecin sur la COVID-19
De retour à un bureau vide : le témoignage d’une médecin sur la COVID-19

Après deux semaines d’auto-isolement, la Dre Ann Collins retourne à sa clinique de médecine familiale à Fre...

Série de webinaires de Joule sur la COVID-19 pour les médecins

Visionnez