Le syndrome de l’imposteur : récit d’un combat personnel

Le jour de mon arrivée à la Faculté de médecine de l’Université de Toronto, j’avais les mêmes attentes que tous les étudiants, à un point près : j’espérais ne pas revivre mon expérience du premier cycle.

Après des années à être la seule étudiante noire de ma cohorte, j’avais hâte d’enfin faire partie d’un groupe diversifié comprenant des personnes ayant la même culture et la même identité que moi.

Une semaine avant la rentrée, j’ai pris part à un souper d’accueil organisé par l’Association des étudiantes et des étudiants noirs en médecine de l’Université de Toronto. Je me suis vite rendu compte que j’y étais la seule de ma classe. J’espérais que les autres soient simplement absents.

Peu après, à la cérémonie de remise du stéthoscope, je me souviens avoir regardé autour de moi et constaté que personne d’autre n’avait la peau noire. Encore une fois, j’allais être la seule de ma cohorte. J’étais consternée.

Le premier jour d’intégration, quelqu’un m’a demandé si on m’avait aidée à entrer en médecine, si on avait assoupli les critères d’admission pour me faire une faveur.

J’étais abasourdie. Je n’avais reçu aucun traitement spécial, mais la question sous-entendait que je n’étais pas la bienvenue. Si quelqu’un avait osé me la poser, qu’en était-il des autres? Ça m’a hantée tout au long de ma première année en médecine.

D’une certaine façon, j’avais l’impression que pour survivre en médecine, je devais cacher mon identité noire. On me disait de changer mon apparence et ma façon de m’exprimer, on me faisait savoir que je ne devais pas être « trop noire ».

En même temps, il me semblait que je devais représenter ma race dans ce milieu. Cette situation m’a poussée à devenir encore plus perfectionniste et à ne laisser aucune place à l’erreur.

J’étais désespérée à l’idée de devoir me débrouiller seule pendant encore quatre ans, de ne pas pouvoir me confier à quelqu’un qui comprendrait ma situation. Je voulais parler de ce que je vivais, mais en même temps, j’avais peur d’attirer l’attention sur ma différence et de jeter de l’huile sur le feu.

J’ai mis beaucoup de temps à me sentir à l’aise avec le fait d’être Noire et étudiante en médecine. Voici comment j’ai pris les choses en main.

 

J’ai obtenu du soutien professionnel

Mon sentiment d’exclusion nuisait à ma santé mentale. J’étais désespérée, je vivais de l’anxiété et des épisodes dépressifs, je perdais l’appétit et je souffrais d’insomnie.

L’altérité est un sentiment courant chez les minorités. Je ne pense pas qu’on voulait consciemment souligner ma différence, mais en tentant de me tailler une place dans ce groupe culturel, j’ai été victime de microagressions et de commentaires racistes que nombre de mes pairs n’avaient pas subis. Je me sentais isolée.

J’ai demandé l’aide d’un médecin et d’un thérapeute, ce qui m’a permis d’exprimer ce que j’avais vécu.

 

J’ai trouvé des mentors ayant vécu des expériences semblables

La force qui m’anime maintenant me vient en grande partie de mes mentors, des femmes médecins noires qui m’ont prise sous leur aile et m’ont soutenue. Elles m’ont encouragée à persévérer, même dans l’adversité, et m’ont toujours ouvert leur porte.

Quand je leur racontais ce qui m’était arrivé avec un étudiant ou un patient, elles me disaient souvent qu’elles avaient vécu une situation semblable il y a 10 ou 15 ans, ou encore la semaine dernière.

Ces confidentes qui comprenaient ce que je vivais m’apportaient un sentiment de solidarité qui m’a grandement aidée.

 

Je suis devenue mentore et je me porte à la défense de mes pairs

Ce sont mes solides relations avec mes propres mentors qui m’ont poussée à les imiter. En plus de faire du mentorat, je tente de guider mes pairs de façon informelle – grâce à la défense des droits, à la prise de parole en public et à la communication écrite. Je consacre aussi beaucoup de temps aux médias écrits, à la radio et à la télévision.

La plupart du temps, quand je prends la parole en public, c’est pour raconter mon histoire et donner à d’autres le courage d’agir. De mon côté, j’y puise de la force.

 

Quand je songe à ma résidence prochaine, je me sens beaucoup plus outillée qu’au début de mes études. Aujourd’hui, je suis fière de mon identité, fière d’être une femme noire en médecine.

Mes craintes persistent, mais en sourdine. La diversité en médecine est encore controversée pour certaines personnes dans la profession, et j’ai dû accepter d’emblée qu’en exposant publiquement ma situation et mon point de vue, je courais certains risques. Bien que de nombreuses personnes approuvent mon travail, certaines y réagissent encore très négativement.

Mais cela ne m’empêche pas d’avancer. En me portant à la défense des autres et en racontant mon vécu, j’ai créé des liens avec des étudiants noirs en médecine de partout au pays, qui ont vécu des expériences semblables aux miennes. J’y ai puisé une énergie et une motivation que j’aurais difficilement pu trouver ailleurs.

Texte adapté d’un entretien avec l’auteure.

Le saviez-vous? L’AMC a élaboré une politique sur l’équité et la diversité.

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À propos de l’auteur

Mme Chika Stacy Oriuwa

Chika Stacy Oriuwa est étudiante en quatrième année de médecine à l’Université de Toronto, où elle fait également une maîtrise en direction de systèmes et en information. Militante, conférencière et écrivaine, elle est aussi artiste en création parlée.

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