Cellulaires à la rescousse : 12 applications mobiles approuvées par une médecin

Pourquoi utiliser des applications médicales?

Selon une étude d’Inforoute Santé du Canada réalisée en 2014, 67 % des médecins de famille canadiens possédaient un téléphone intelligent. Parmi eux, 82 % l’utilisaient pour la consultation d’outils de référence sur les médicaments, et 50 %, comme aide à la décision clinique.

Ces chiffres ont augmenté au cours des cinq dernières années. Bien qu’il soit difficile de déterminer la proportion exacte, des données suggèrent qu’aujourd’hui, 90 % des médecins possèdent un téléphone intelligent et l’utilisent d’une façon ou d’une autre à des fins cliniques.

Plusieurs raisons justifient le recours des médecins aux applications médicales. On pensera notamment aux gains de temps et d’efficacité, aux diagnostics plus rapides et à la réduction des consultations inutiles. Certains veulent consulter leurs collègues ou les dossiers médicaux électroniques. La plupart souhaitent trouver des renseignements fiables sans délai. Ce ne sont pas les raisons qui manquent!

Pour ma part, je préfère utiliser ma mémoire de quadragénaire pour d’autres activités et libérer mon esprit des données superflues.

Depuis près de deux ans maintenant, j’offre des conférences et des ateliers sur les applications médicales. En 2018, quand je consultais les publications, seuls quelques articles les mentionnaient par-ci par-là, et les options de téléchargement étaient limitées. Aujourd’hui, le nombre d’applications médicales a carrément explosé.

Cependant, avant de faire vos choix, une évaluation s’impose. En effet, nous avons appris à exercer notre jugement clinique et à évaluer toute mesure avant de la mettre en pratique. Par exemple, quand nous consultons un article de périodique ou une étude, il est normal de vérifier l’exactitude et la pertinence des données.

La même démarche doit être suivie pour les applications médicales. Avant d’en ajouter une aux outils que vous utilisez avec vos patients, vous devriez toujours vous poser les questions suivantes :

  • Qui l’a créée? Qui a conçu l’application? Il faut absolument vous poser cette question. Est-ce une entreprise à capital fermé, une entreprise pharmaceutique, une université ou une association? Le concepteur a-t-il un intérêt particulier à ce que vous utilisiez son application?
  • Quelle est la fréquence des mises à jour? Cette information est disponible au téléchargement. Privilégiez les applications fréquemment mises à jour : si vous les utilisez pour vos décisions cliniques, mieux vaut qu’elles présentent les dernières données publiées.
  • L’information est-elle référencée? Si un algorithme est utilisé, sait-on sur quoi s’appuient les jugements cliniques? L’application est-elle véritablement un outil clinique? Sur quoi s’appuie le concepteur pour tirer ses conclusions?
  • Pouvez-vous faire des commentaires? Est-il possible de communiquer avec le concepteur pour lui transmettre vos commentaires sur l’exactitude des données et le fonctionnement?
  • L’application est-elle évaluée par les pairs? Son utilisation est-elle répandue? Est-elle recommandée?
  • Le but premier de l’application est-il d’informer les professionnels de la santé et les patients?
  • Qu’en est-il de la protection des renseignements personnels? L’application collecte-t-elle des données? Dans quel but? Respecte-t-on la réglementation locale en matière de confidentialité?

Vous trouverez la majorité des réponses à ces questions sur l’App Store ou sur Google Play avant le téléchargement. Autrement, une recherche rapide en ligne devrait faire l’affaire.

Si vous lisez toujours ce billet, c’est probablement que j’ai capté votre attention et que vous êtes prêt à explorer l’univers incroyable des applications.

Peut-être aussi qu’en voyant la liste de questions, vous vous êtes senti submergé et qu’après mûre réflexion, vous avez décidé qu’il valait mieux consulter mes recommandations dans l’espoir que j’aie déjà fait le travail.

En fait, celles-ci sont assez éclectiques. On m’a demandé de limiter mes choix aux applications les plus utiles, et la tâche n’avait rien d’aisé. Il existe tant de merveilleuses applications, et j’ai si peu d’espace ici pour vous les présenter.

Pour ce billet, je me suis donc intéressée principalement aux outils cliniques et aux guides pratiques. Si ce texte a du succès, je pourrais être invitée à faire de nouvelles recommandations pour certaines spécialités en particulier.

Notez bien que peu d’options sont bilingues ou offertes dans les deux langues officielles.

Sans plus tarder, voici donc mes recommandations, sans ordre particulier :

 

UpToDate1. UpToDate de Wolters Kluwer (en français et en anglais)

 

UpToDate se passe de présentation – la plupart des médecins en ont déjà entendu parler, et plusieurs ont utilisé l’application à un moment ou un autre. Il faudra vous inscrire pour profiter de ce formidable outil clinique, dont les renseignements sur les médicaments sont tirés de Lexicomp.

Les frais d’inscription varient. Pour un médecin, ils s’élèvent à environ 519 $ US par an. Des réductions sont toutefois offertes aux membres de l’AMC et du CCMF. Les médecins résidents et les étudiants en médecine profitent aussi d’un tarif préférentiel. Certains établissements et facultés de médecine proposent même d’en rembourser les frais d’inscription.

Disponible sur l’App Store et sur Google Play.

 

DynaMed2. DynaMed de EBSCO (en anglais)

Autre outil clinique, DynaMed a été créé par un médecin de famille, puis acheté par EBSCO. Comme pour UpToDate, il faut payer pour une inscription à cette application, dont les renseignements sur les médicaments sont cette fois tirés de Micromedex.

Les frais s’élèvent à environ 399 $ US par an, mais l’application est gratuite pour les membres de l’AMC.

Disponible sur l’App Store et sur Google Play.

 

3. CPS sur l’appli RxTx mobile (en français et en anglais)

Cette application a été conçue par l’Association des pharmaciens du Canada – il s’agit de la nouvelle version du vieux CPS bleu qu’on gardait jadis dans nos bureaux. Ah! Je me souviens de ses pages ultraminces et de ses minuscules caractères. Pourquoi donc avoir délaissé ce format? Il empêchait si bien la porte des salles d’examen de se fermer toute seule!

Version renouvelée et améliorée, RxTx comprend la même information que le vieux bouquin, mais offre en plus des mises à jour régulières, l’accès aux avis de Santé Canada et un calculateur médical limité. Malheureusement, l’application ne fournit pas d’information sur les interactions médicamenteuses multiples ni les codes des médicaments d’exception. Et il faudra trouver un autre moyen de maintenir votre porte ouverte.

Les coûts varient selon les fonctionnalités et le contenu. Pour la version de base, on parle de 239 $. Des frais supplémentaires s’appliquent pour l’ajout de contenu sur les traitements. Le CPS et la composante Choix de médicaments (RxTx) sont inclus dans les frais d’adhésion à l’AMC.

Disponible sur l’App Store et sur Google Play.

 

Joule AMC4. Joule (en français et en anglais)

Vous aurez peut-être remarqué les allusions répétées à l’AMC. Je peux vous assurer que mon seul lien avec l’organisation est que j’en suis membre pour profiter de ces applications et d’autres contenus cliniques.

Facile à utiliser, l’application Joule inclut les plus récents résumés de recherche POEM et InfoPratique. Elle vous permet aussi d’accéder rapidement au JAMC, à DynaMed, à RxTx et à ClinicalKey.

ClinicalKey, c’est plus de 1 000 textes, 600 revues électroniques, des documents d’information, des guides de pratique clinique, des images et des vidéos. Parmi les revues électroniques, mentionnons l’AFP, The Lancet et le JOGC. Vous pouvez aussi demander l’aide de bibliothécaires pour répondre à vos questions de recherche.

Le tout est inclus dans le prix d’une adhésion à l’AMC (195 $).

Disponible sur l’App Store et sur Google Play.

 

Thrombosis5. Thrombosis Canada (en anglais – gratuit)

Cette application propose des lignes directrices et des algorithmes pour l’utilisation d’antiplaquettaires et d’anticoagulants oraux. Simple d’utilisation, elle permet d’entrer les données anonymes d’un patient pour obtenir des recommandations personnalisées. Développée par Thrombose Canada, elle a été mise à jour en novembre 2019.

Disponible sur l’App Store et sur Google Play.

 

INESSS6. Guides de l’INESSS (en français et en anglais – gratuit)

Conçue par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), cette application est approuvée par le gouvernement du Québec. D’abord offerte en français, elle l’est maintenant aussi en anglais. Le site Web bilingue de l’INESSS vous renseignera sur la méthodologie de l’organisation et saura répondre à vos questions.

Tout simplement géniale, l’application propose notamment de l’information sur la prescription d’antibiotiques et la pertinence des analyses ainsi que des guides de pratique pour différentes maladies chroniques comme la démence, le diabète de type 2 et les ITS.

Disponibles sur l’App Store et sur Google Play.

 

CDN ITS7. Lignes directrices CDN ITS (en français et en anglais – gratuit)

Cette application conçue par l’Agence de la santé publique du Canada est très utile pour quiconque a besoin d’information sur les lignes directrices et les traitements. Elle comprend des recommandations de traitement, une aide au diagnostic et les lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement. Comme la résistance aux antibiotiques évolue constamment, j’aime particulièrement cette application qui me donne l’heure juste sur les options disponibles.

Disponible sur l’App Store et sur Google Play.

 

MUMS8. Anti-infective Guidelines de MUMS (en anglais)

Version mobile du fameux « livre orange » des lignes directrices sur les anti-infectieux publié pour la première fois il y a 20 ans, cette application a vraiment changé la donne pour moi : avant je trimballais le livre partout. Mon nom écrit bien en évidence au feutre noir sur la couverture, je défiais quiconque de le prendre. Je fusillais même du regard ceux qui osaient seulement poser les yeux sur lui. Maintenant qu’il est sur mon iPhone, je n’hésite plus à prêter ma copie papier tout abîmée! Et une mise à jour gratuite vient d’être offerte il y a environ un mois. Ce merveilleux outil est conçu par MUMS Health et le PAACT CME.

Disponible pour 24,99 $ sur l’App Store. Une version pour Android est en cours de développement.

 

Visual Anatomy9. Visual Anatomy Lite (en français* et en anglais – gratuit)

Je ferais preuve de négligence en ne recommandant aucune application d’anatomie. Mon choix s’est arrêté sur une option simple et gratuite.

Application d’anatomie de base, Visual Anatomy permet aux médecins de se rafraîchir la mémoire sur le sujet. C’est aussi une bonne solution éducative pour les patients. Plusieurs autres applications payantes se révèlent toutefois plus complètes et de meilleure qualité.

Visual Anatomy Lite est gratuite! La version intégrale est aussi disponible sur l’App Store pour 3,99 $ et sur Google Play pour 2,89 $.

* Soutien en français. Prononciation audio en anglais.

 

GRC Drogues10. GRC Drogues – RCMP Drugs (en français et en anglais – gratuit)

Cette application simple a été conçue par la GRC pour fournir des informations sur les drogues et les activités illicites qui s’y rattachent. Une mise à jour récente a permis de retirer le cannabis de la liste des drogues prohibées.

Quelle autre source pourriez-vous consulter pour apprendre les différents noms de certaines drogues? L’application comprend notamment des renseignements sur les drogues (leur statut légal, leurs effets, les signes et symptômes observables), une section mythes et réalités ainsi que de l’information dédiée aux parents. On y trouve aussi des numéros de téléphone pour obtenir de l’aide et une présentation de moyens de prévenir la toxicomanie. Il s’agit d’une application essentielle pour votre trousse d’outils médicaux, qu’il vaut la peine de recommander aux patients.

Disponible sur l’App Store et sur Google Play.

 

Aspirin Guide11. Aspirin Guide (en anglais – gratuit)

J’ai inclus cette application, car l’utilisation de l’aspirine est le sujet de l’heure dans ma clinique. Faut-il éviter ou utiliser l’AAS? Pour une raison ou une autre, il m’avait été impossible jusqu’à maintenant de trouver un bon algorithme en ligne pour m’aider à prendre cette décision clinique.

Conçue par des chercheurs de l’Hôpital Brigham and Women (Faculté de médecine de Harvard), Aspirin Guide aide les cliniciens à déterminer qui bénéficierait de la prise d’AAS en faible dose pour la prévention primaire de l’athérosclérose.

Vous serez accompagné à chaque étape de l’algorithme. Entrez simplement les données anonymes d’un patient et vous obtiendrez un résumé clinique incluant les NST et NNN. Du génie!

Disponible sur l’App Store et sur Google Play.

 

Telus DME12. TELUS DME Mobile (en français et en anglais – gratuit pour les utilisateurs)

Cette recommandation s’adresse spécialement aux utilisateurs des solutions DME de TELUS qui n’ont pas encore cette fonctionnalité. J’avoue que j’ai un parti pris parce que je l’utilise.

Plutôt facile à utiliser, TELUS DME Mobile respecte l’ensemble des normes sur la confidentialité des données. L’application vous permet de gérer votre horaire et vos patients et vous donne accès à leur dossier en tout temps. Qui ne serait pas tenté?

L’avantage avec cette application, c’est la fonction caméra. Je l’utilise souvent au travail pour prendre des photos d’éruptions cutanées ou d’anomalies médicales et les intégrer directement aux DME. De plus, elles ne s’enregistrent pas sur votre téléphone.

Une autre option distinctive est la fonction de dictée dans le DME à l’aide du microphone. Parfois, c’est plus rapide que de taper ses notes à l’ordinateur.

Disponible sur l’App Store et sur Google Play.

 

 

J’espère que ces applications vous seront utiles et que vous assisterez un jour à l’une de mes conférences.

Quelles sont vos applications préférées? Vous avez trouvé des perles rares?

N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires en les envoyant à l’adresse infojoule@amc.ca. Ils me seront acheminés.

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Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. L’innovation dirigée par des médecins vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

 

À propos de l’auteur

Dre Chandi Chandrasena

Médecin de famille à Ottawa, la Dre Chandi Chandrasena suit ses patients de la naissance à la mort. Elle est copropriétaire d’un cabinet de groupe de médecine familiale qui compte sept médecins; elle y est actuellement la responsable des technologies de l’information. Elle est aussi l’une des médecins leaders d’OntarioMD et n’a aucun conflit d’intérêts à déclarer. Propriétaire d’un iPhone 11 – pas la version Pro; les 800 $ supplémentaires pour une autre lentille étaient de trop –, elle utilise les solutions DME de TELUS. À son plus grand regret, elle ne reçoit aucune compensation financière de la part des concepteurs des applications mentionnées ici. Elle présente des conférences sur les applications médicales pour les médecins à différents congrès, ainsi que des conférences sur les applications médicales pour les patients.

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