Le calme avant la tempête : témoignage d’une médecin en temps de pandémie

Le mois d’avril est souvent synonyme d’inondations ici au Nouveau-Brunswick – nous surveillons le fleuve Saint-Jean en nous demandant s’il débordera. Nous avons adopté une approche similaire pour la COVID-19 : nous surveillons la situation et attendons de voir si le nombre de cas atteindra son point culminant cette semaine, comme plusieurs le prédisent.

À l’heure actuelle, il semble que nous nous en tirons bien dans notre province. Tous n’ont pas cette chance, j’en suis bien consciente. Pourtant, malgré cette situation, la pandémie continue de se prolonger et de mettre le système de santé à rude épreuve, comme j’ai pu le constater cette semaine lorsque je suis retournée travailler à l’hôpital.

Après 14 jours d’auto-isolement suivis d’une période de consultations à distance à ma clinique de médecine familiale, je dois admettre que j’ai un peu vécu dans une bulle au cours des dernières semaines. Mon retour à l’hôpital a provoqué chez moi un peu d’appréhension, d’autant plus que je n’y avais pas mis les pieds depuis février.

La Dre Collins porte un masque à l’hôpital La Dre Ann Collins porte un masque pour travailler à l’hôpital.

Bien des choses ont changé depuis. Mes collègues du service de médecine familiale et moi-même collaborons pour que le minimum de personnel soignant ait à venir à l’hôpital. Toutes les entrées sont contrôlées, et depuis cette semaine, nous portons tous un masque lorsque nous sommes avec nos patients.

Il y a des patients de notre clinique qui doivent être hospitalisés pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la COVID-19. Les patients des autres niveaux de soins ont été transférés vers des foyers de soins de longue durée ou d’autres établissements du genre; seuls les patients ayant un réel besoin de soins en milieu hospitalier sont encore ici. Les cas présumés ou confirmés de COVID-19 sont traités dans une unité de soins complètement distincte.

La règle interdisant les visiteurs à l’hôpital complique également les soins aux patients admis. Si un patient a du mal à communiquer avec le personnel, l’évaluation peut être ardue. On peut toujours appeler ses proches pour obtenir les renseignements nécessaires, mais cette stratégie ne vient pas sans son lot de difficultés.Il règne un silence pesant dans les couloirs de l’hôpital. Je m’inquiète, tout comme mes collègues, que certains patients ayant besoin de soins aient décidé d’y renoncer. Y a-t-il des gens ayant eu un AVC ou ressenti plus de douleurs thoraciques qu’à l’habitude qui choisissent de demeurer isolés à la maison? Ont-ils trop peur de contracter la COVID-19 pour se présenter à l’hôpital?

L’interdiction peut également être très éprouvante pour les patients eux-mêmes. Certains gardent contact avec leurs proches et leurs amis par voie électronique. Mais beaucoup de mes patients plus âgés n’ont ni téléphone intelligent ni tablette et ne savent pas comment utiliser Facetime ou Skype. Certains viennent de régions où l’accès Internet laisse à désirer. Aux soins palliatifs, où l’on n’admet qu’un seul visiteur par patient, les patients sont souvent anxieux ou tristes que leur famille ne puisse pas leur rendre visite.

Malgré ces sacrifices, les patients et le personnel hospitalier persévèrent et restent à l’affût en espérant que les débordements n’auront jamais lieu.

Lire autres pensées de la Dre Ann Collins durant la pandemie COVID-19:

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Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. Ce sujet vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

À propos de l’auteur

Dre Ann Collins

La Dre Ann Collins administre à temps plein une clinique de médecine familiale à Fredericton, au Nouveau Brunswick, et est la présidente désignée de l’Association médicale canadienne.

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