Triple succès d’une nouvelle approche intégrée en soins aux personnes atteintes de démence

D’ici 2030, près d’un million de Canadiens et de Canadiennes seront atteints de démence.

Or, une étude de 2015 montre que les médecins canadiens ne se sentent pas prêts à gérer les soins aux personnes atteintes de démence dans la collectivité, et le nombre de gériatres diminue chaque année.

Il est évident que notre système de santé déjà saturé n’est pas prêt à répondre aux besoins complexes des patients et des proches aidants.

C’est ici qu’entre en jeu MINT, le modèle des cliniques de la mémoire avec équipes interprofessionnelles multispécialités, une approche novatrice qui transforme la prestation de soins aux patients atteints de démence.

 

« Changer la donne »

Le modèle MINT est l’œuvre de la Dre Linda Lee, qui est médecin de famille depuis plus de 30 ans. Elle a mis sur pied une première clinique de la mémoire de première ligne en 2005, au Centre de médecine familiale de Kitchener, en Ontario.

La Dre Lee a puisé l’inspiration pour ce modèle dans ses expériences professionnelles et personnelles. « J’ai constaté qu’au sein du système en place, distinguer le déclin cognitif associé au vieillissement des troubles cognitifs et de la démence n’est pas chose simple, explique-t-elle. Le problème, c’est surtout que cette ambiguïté rend l’expérience plus difficile pour les personnes touchées et leur famille. En début de carrière, je me suis donc donné pour objectif de changer la donne. »

 

Fonctionnement

Établies en milieu de soins primaires, les cliniques MINT sont dirigées par des médecins de famille spécialement formés. Elles fonctionnent selon un modèle de soins intégré qui fait intervenir du personnel infirmier, des travailleurs sociaux, des ergothérapeutes, des pharmaciens, la Société Alzheimer et des personnes d’autres professions, si possible.

Les équipes MINT, les patients et les proches aidants échangent avec un gériatre dans le cadre d’une consultation virtuelle, qui sert d’évaluation de triage. Le diagnostic se fait donc tôt dans le processus.

Dans la plupart des cas, les professionnels de première ligne vont prendre en charge les cas de démence dans la collectivité. Le nombre de demandes de consultation s’en trouve réduit, car seuls les patients devant véritablement consulter un gériatre en obtienne une.

Avec MINT, seulement 9 % des patients sont dirigés vers des spécialistes, contre presque 100 % des patients en temps normal.

C’est une approche de soins pour la mémoire qui est efficace, fondée sur des données probantes, complète, empreinte de compassion et, disons-le, axée sur le patient.

 

Un succès pour le secteur des soins primaires

Une force déterminante du modèle MINT est l’importance accordée au travail interprofessionnel. « C’est une véritable approche intégrée, qui n’a rien à voir avec le travail individuel, souligne la créatrice du modèle. Les équipes s’améliorent continuellement grâce à l’apprentissage mutuel et au développement de leur expertise. L’idée, c’est d’apprendre à faire confiance. »

Pour les professionnels, l’approche engendre une foule de retombées positives :

  • Collaboration accrue entre collègues ainsi qu’avec les patients et les proches aidants
  • Meilleure communication avec les spécialistes
  • Apprentissage contextuel constant
  • Mentorat continu et aide à la prise de décisions
  • Satisfaction de toucher à toutes les sphères de la pratique

Un médecin de première ligne a indiqué que la consultation de spécialistes dans le modèle MINT « permet de confirmer les hypothèses, d’appuyer les plans établis et de trouver une solution devant une impasse. »

 

Un succès pour les spécialistes

D’après les résultats des évaluations en cours, les spécialistes en tirent eux aussi des bénéfices professionnels :

  • Expériences de collaboration positives et interactions directes avec les professionnels de première ligne
  • Obtention de résultats d’évaluation complets des médecins, qui constituent une bonne base d’information
  • Prise en charge des cas moins complexes par les cliniques de la mémoire
  • Sentiment de faire partie des équipes de ces cliniques
  • Apprentissage au contact des médecins de famille

« J’aime tirer des leçons de leur perspective, mentionne un spécialiste. Ils me poussent à devenir plus efficace, et je les aide à le devenir également. Je crois que j’ai une meilleure idée de ce que je peux apporter aux soins primaires, et inversement. »

 

Un succès pour les patients

Les avantages pour les patients sont tout aussi appréciables :

  • Diminution des délais – accès rapide et facile à des soins spécialisés
  • Détection précoce de la démence – interventions déclenchées plus tôt
  • Soins reçus dans un environnement familier et près de chez soi – une bonification pour les résidents des régions rurales ou éloignées
  • Amélioration de la continuité et de la coordination des soins dans la collectivité

« Avec la collaboration, on semble avoir plus facilement accès aux ressources disponibles et mieux les connaître. De bons partenariats ont aussi été établis », témoigne un patient.

 

Une reproduction possible

Des cliniques de la mémoire MINT sont maintenant pleinement opérationnelles dans 112 collectivités ontariennes, tant en milieu urbain qu’en milieu rural. Elles ont été établies dans des cabinets de médecins, des centres de santé communautaires et des hôpitaux.

La Dre Lee a également créé un programme de formation reconnu à l’échelle nationale conçu pour développer la capacité et l’autonomie des professionnels de la santé afin qu’ils puissent instaurer une clinique MINT au sein de leur milieu de soins primaires.

Comme la formation est partout la même, l’implantation des cliniques peut très bien fonctionner dans d’autres milieux, comme les résidences pour retraités et les établissements de soins de longue durée.

Il ne fait aucun doute qu’avec le soutien et les ressources appropriés, ce modèle conçu pour les soins primaires pourra être reproduit d’un bout à l’autre du pays, et ce, dans tous les types de milieux.

 

La route à parcourir

L’idée que cette approche intégrée interdisciplinaire aux racines fermement ancrées dans les soins primaires pourrait être adaptée pour la prise en charge d’une multitude d’autres troubles gériatriques complexes est très stimulante.

« Certains problèmes de santé, comme la maladie de Parkinson, les chutes et la fragilité, vont de pair avec des troubles cognitifs, explique la Dre Lee. Mais pour les autres problèmes qui n’ont pas nécessairement de lien direct avec la démence, comme l’insuffisance cardiaque et les maladies pulmonaires obstructives chroniques, le modèle MINT est tout indiqué. »

Selon elle, c’est le cas pour les maladies chroniques complexes où une approche proactive locale, comme celle du modèle MINT, peut servir à prévenir l’aggravation de l’état des patients et leur hospitalisation subséquente.

Un succès en tous points

Les cliniques de la mémoire en soins primaires améliorent l’expérience de soins pour toutes les personnes concernées.

Les médecins de première ligne se sentent mieux soutenus grâce à la collaboration. Les spécialistes ont une meilleure connaissance de la réalité du secteur des soins primaires. Les patients et leurs proches aidants se sentent mieux outillés. Et les ressources communautaires sont mieux coordonnées.

De plus, avec la détection et le triage précoces des cas de démence, le nombre de visites à l’hôpital, y compris au service des urgences, diminue, ce qui entraîne des économies pour le système de santé.

Le modèle MINT s’harmonise aussi aux objectifs de la stratégie sur la démence pour le Canada : améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de démence et des proches aidants, et innover pour bonifier le soutien qui leur est offert.

Enfin, et c’est probablement le point le plus important, ces cliniques nous rapprochent d’une solution qui répondra aux besoins et améliorera la vie du million de Canadiens et de Canadiennes qui seront atteints de démence d’ici 2030.

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Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. L’innovation dirigée par des médecins vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

À propos de l’auteur

Mme Kerrie Whitehurst

Rédactrice-réviseure à Ottawa, Kerrie Whitehurst se passionne pour le langage clair. Elle a travaillé avec d’importantes organisations canadiennes de soins de santé pendant plus de 20 ans, explorant des questions complexes, dénichant des récits parlants et rédigeant des articles faciles à lire pour tous les publics. Elle a également travaillé dans les domaines des communications stratégiques, des médias, de l’édition et du marketing.

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