Un outil diagnostic couramment utilisé remis au goût du jour

September 20, 2019 Mme Nicole Forget

L’otoscope est un outil essentiel dans l’arsenal de tout omnipraticien. Il est utilisé très fréquemment dans les examens de routine et le diagnostic des maladies courantes. Il est accroché au mur de la salle d’examen de pratiquement toutes les cliniques de médecine familiale.

Et pourtant, l’otoscope tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a pas beaucoup changé depuis 1864.

C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles les maladies de l’oreille sont notoirement difficiles à diagnostiquer. Selon une étude, les omnipraticiens posent un diagnostic exact environ 50 % du temps, même pour des troubles courants comme une otite moyenne aiguë ou séreuse.

Lorsqu’ils n’arrivent pas à poser un diagnostic précis, les omnipraticiens se retrouvent devant un dilemme : risquer de poser un mauvais diagnostic ou orienter leur patient vers un spécialiste, processus qui peut prendre jusqu’à dix mois dans certaines provinces.

Ce problème est exacerbé par le manque d’otorhinolaryngologistes dans les régions rurales, éloignées et mal desservies.

 

Un défi qui devient une occasion d’innover

C’est le problème auquel le Dr Devon Livingstone, otorhinolaryngologiste exerçant depuis peu en Alberta, a décidé de s’attaquer lorsqu’il a fondé ENTiD (se prononce E.N.T.- I.D.) tout en terminant sa maîtrise en médecine translationnelle à l’Université de la Californie.

« Lorsque j’étais médecin résident, j’étais frustré de faire de la recherche et de ne pas voir les retombées cliniques directes que je souhaitais », a indiqué le Dr Livingstone, expliquant pourquoi il avait décidé d’entreprendre cette maîtrise. « J’ai donc voulu acquérir des compétences qui me permettraient d’agir concrètement et de mettre à profit les connaissances scientifiques en milieu clinique. »

La médecine translationnelle, dont la devise est « du laboratoire au chevet des patients », regroupe des gens de diverses disciplines, notamment des ingénieurs, des cliniciens et des entrepreneurs en vue de résoudre des problèmes fondamentaux dans la prestation des soins de santé.

« J’ai rencontré des professionnels de différents domaines – certains travaillaient en apprentissage machine, d’autres en programmation. Puis, nous avons commencé à développer notre produit et nous nous sommes demandé comment nous pourrions tirer parti de la vision artificielle. »

 

Comment ça fonctionne

ENTiD couple un otoscope numérique à une plateforme pour aider les omnipraticiens à mieux diagnostiquer les maladies de l’oreille, à réduire les temps d’attente et à améliorer l’accès aux soins. La plateforme a des capacités fondées sur l’intelligence artificielle (IA) et offre la possibilité d’effectuer des demandes de consultation par voie électronique.

L’otoscope numérique, qui a la taille d’un stylo, est connecté à un appareil sur lequel se trouve la plateforme (ordinateur, téléphone intelligent ou tablette) au moyen d’un câble USB.

Grâce à cette solution, les omnipraticiens peuvent prendre des images otoscopiques de grande qualité, les stocker sur la plateforme, ajouter au dossier toute information pertinente et transmettre les images à un spécialiste.

Outre les nombreux avantages qu’elle procure aux patients, cette innovation offre une nouvelle source de revenus aux spécialistes et aux omnipraticiens : Alberta Health Services verse 100 $ par consultation dans la province.

Ce que voit un médecin avec un otoscope classique (gauche) et ce que voit un médecin avec ENTiD (droite)

 

L’apprentissage machine

À l’heure actuelle, chaque maladie est diagnostiquée par le Dr Livingstone et par son équipe de spécialistes à l’aide de la plateforme, ce qui alimente par la même occasion un réseau neuronal qui fonctionne comme un cerveau. Ce réseau apprend continuellement et gagne en exactitude.

« Nous avons commencé par intégrer une base de données de 1 366 images otoscopiques à l’algorithme et avons entraîné celui-ci à diagnostiquer 14 maladies; il peut même en reconnaître plusieurs simultanément », a expliqué le Dr Livingstone.

Lors du premier essai pilote avec 89 nouvelles images, les capacités de diagnostic de l’algorithme ont été comparées aux diagnostics de 10 médecins. Dans presque tous les cas, ENTiD a surpassé les médecins.

Déjà, la précision diagnostique de l’algorithme est de 90 %, ce qui dépasse le rendement moyen des omnipraticiens et des résidents en otorhinolaryngologie.

Le Dr Livingstone examine une patiente avec ENTiD

 

Bientôt dans une clinique près de chez vous

L’otoscope numérique et la plateforme de demande de consultation par voie électronique ENTiD, qui en sont aux premiers stades de commercialisation, font maintenant l’objet d’un projet pilote dans quelques cliniques de médecine familiale à Calgary.

Une fois la plateforme d’intelligence artificielle conforme aux exigences de Santé Canada, ENTiD évoluera et les omnipraticiens pourront s’y fier comme aide au diagnostic. Le rôle des spécialistes évoluera aussi : ils devront désormais valider les suggestions de l’algorithme.

Le Dr Livingstone et son équipe projettent d’élargir leur bassin au-delà de l’Alberta en 2020, tant à l’échelle nationale qu’internationale, dans des collectivités n’ayant pas beaucoup de ressources. « Un otoscope analogique moyen coûte environ 300 $, affirme-t-il. Dans des collectivités éloignées qui mettent en place de nouvelles cliniques et qui disposent d’un budget limité, par exemple, cela peut constituer un obstacle. »

Pour augmenter l’accessibilité à l’outil et favoriser l’adoption de ce dernier dans les régions visées, le Dr Livingstone affirme qu’il était essentiel pour lui que la conception d’ENTiD soit économique. Et, puisqu’il s’agit d’un outil numérique, l’accès à un otorhinolaryngologiste n’est qu’à un clic.

Qu’est-ce qui fait que cette innovation est réellement transformatrice? Bientôt, les médecins auront le soutien nécessaire pour fournir à leurs patients un diagnostic des maladies de l’oreille le plus précis possible, quel que soit l’endroit où ils vivent.

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Ces documents sont publiés uniquement à titre informatif. Ils ne remplacent en rien un avis médical en bonne et due forme et ne doivent pas être considérés comme des conseils médicaux ou personnels. Les auteurs s’expriment à titre personnel, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales, y compris Joule. L’innovation dirigée par des médecins vous passionne? Écrivez-nous à infojoule@amc.ca.

À propos de l’auteur

Mme Nicole Forget

Gestionnaire de contenu chez Joule, Nicole Forget est animée par la curiosité, le pouvoir des anecdotes et les approches visant à améliorer les soins de santé pour tous. Le jour, elle développe du contenu, effectue du travail de révision et planifie le calendrier de rédaction. Le soir, elle court, fait du vélo le long du canal Rideau ou écoute des films.

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